HISTOIRES D’RÔLES

(HUMOUR TROPICAL AVEC DES ACTEURS AFRICAINS)

CONDAMNES A MORT

Cette prison de haute sécurité est installée en plein cœur du Ténéré. Difficulté budgétaire oblige, les provisions ne sont livrées que tous les trois mois. La radio est en panne. Le téléphone inexistant. Le seul véhicule en état de marche est plus surveillé que les prisonniers qui ne pensent même pas à s’évader car, s’aventurer, à pied, les mains vides, dans le désert, c’est courir à sa perte. Pourtant, un beau matin, un gardien se précipite, affolé, dans le bureau du régisseur.

- Chef ! Les prisonniers se sont évadés !

- Bon débarras. Ils sont condamnés à brève échéance.

À peine a-t-il fini de parler qu’un autre gardien arrive, l’air paniqué.

- Chef ! Ils ont mis en panne le camion et emporté toute la provision d’eau du trimestre !

MORT DOUCE

C’est des geôliers africains qui sont en visite dans le couloir de la mort d’une prison américaine, quand passe un gardien avec une bouteille de whisky et un paquet de cigarettes.

- Vous êtes gâtés, remarque un visiteur.

- C’est pour un condamné, lui dit le guide.

- Sa dernière volonté ? demande un autre visiteur.

- Ce n’est pas sa volonté. C’est la volonté des législateurs de cet État, rectifie le guide.

- Quel luxe ! J’aimerais bien être à la place de celui-là, s’exclame quelqu’un d’autre.

- Pas mal comme humour noir, fait le guide. Seulement, je dois vous signaler que les doses d’alcool, de nicotine et de goudron ont été calculées pour qu’il succombe avant la fin cde ce mois.

TRAVAIL PEU QUALIFIE

Le benjamin de la famille a été envoyé en ville chez son grand frère Koffi pour apprendre le métier de coiffeur. Koffi l’amène chez celui qui le coiffe.

- Mon petit frère veut apprendre ton métier. Quand pourra-t-il venir pour commencer ?

- Pourquoi revenir ? Qu’il commence aussitôt ! Jeune homme, viens ici ! Occupe-toi de ce client là-bas.

- Mais, il n’a jamais fait ça auparavant ! proteste Koffi.

- Pas de problème. Celui-là veut simplement qu’on lui rase le crâne.

TEINTE A L’EAU

La Blanche avec laquelle Akoua a travaillé, dans le cadre d’une mission d’assistance, est sur le point de repartir. Aïcha lui amène un emballage en guise de cadeau. Elle le défait et pousse une exclamation de surprise.

- Oh ! Un boubou brodé et teint à l’indigo ! Superbe ! Je serai la reine de la savane à mon retour.

Deux mois plus tard, par une journée pluvieuse, le téléphone sonne et Aïcha décroche.

- Judith ! Quelle surprise ! Tu m’apportes un peu de chaleur par ces temps pluvieux.

- Il pleut ici aussi. C’est l’automne. Avant-hier, j’étais allée à un spectacle en plein air, drapée dans ton magnifique boubou. J’ai été presque le clou de la soirée. Malheureusement, la pluie a tout gâté.

- Je suis désolée pour toi. Comme tu adores les boubous, je vais t ’en envoyer encore un, prochainement.

Cette fois-ci, il faut que ce soit un boubou blanc. J’ai oublié de te dire que tout le tissu a été délavé par la pluie et a déteint sur moi. Je suis devenue bleue, des pieds à la tête.

 

SURPLUS

Le docteur Komlan annonce à son patient :

- Je n’ai rien constaté d’anormal. Votre pouls et votre poids sont également normaux. Il n’y a eu aucune variation depuis le mois dernier.

- C’est pourtant bizarre.

- Quoi donc?

- J’ai l’impression que ce que je mange est trois fois supérieur à ce que je chie.

INEXTENSIBLES

- La façon dont tes seins sont, tu risques de ne pas trouver de mari dans ce village, dit une femme d’âge mûr à Adjoua.

- Ah bon ? Et pourquoi ?

- Tu ne pourras pas allaiter par-dessus ton épaule un enfant au dos.

LENDEMAINS INCERTAINS

Amina discute avec son copain.

- Si tu m’aimes vraiment, alors prends-moi telle que je suis.

- Ce n’est pas telle que tu es qui m’inquiète, mais tel que tu deviendras.

INFRACTION PAYANTE

À quelques minutes de la fin de la surveillance de la circulation routière, le policier Kouessan se décide.

- Si on ne fait pas quelque chose, on risque de rentrer, les poches vides, aujourd’hui. Vous deux, allez-vous poster au coin de la rue là-bas et vous rançonnez tous ceux qui diront que c’est moi qui leur aie fait signe de brûler le feu rouge.

NE PAS DONNER AUX ENFANTS NÉS

Le docteur tradithérapeute Komlan est en train de bavarder avec un collègue quand un jeune père de famille arrive :

- Docteur, donnez-moi votre tisane qui soigne à la fois la mère et l’enfant. Ma femme vient d’accoucher.

- C’est destiné uniquement aux fœtus et aux bébés encore dans le sein de leur mère.

Après le départ du jeune père, le collègue remarque :

- Il n’y a pas grande différence entre une grossesse à terme et un bébé qui vient de naître non ?

- Si ! Les parents peuvent savoir, à ses cris, que le médicament n’a pas guéri le nourrisson.

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CORBILLARD

Un avion s’est écrasé dans la forêt équatoriale. Il n’y a aucun survivant. Le sorcier de la tribu monte à bord et revient informer les siens.

- C’est le corbillard qui emmène les Blancs défunts dans l’au-delà.

METIS

C’est le crépuscule dans la savane. Le lièvre a amené sa nouvelle progéniture au marigot, le seul qui ne s’assèche pas pendant la saison sèche et où viennent s’abreuver tous les animaux de la brousse. Au fur et à mesure qu’ils arrivent, il les présente à ses petits.

- Celle-là avec un long coup là-bas, c’est une girafe.

- Pourquoi son cou est long comme ça, demande un petit curieux.

- Parce que dans leur tribu, on leur fait porter des anneaux pour allonger le cou.

- Tiens ! Voilà l’hippopotame ; sa grosseur est due à sa paresse et à sa gourmandise ;

- Il est méchant ?

- Non. Il est paisible.

- Ah ! Voilà quelqu’un qu’on voit rarement parmi nous. C’est l’autruche.

- Que fait-il ?

- Il fait la politique. Bonjour rhinocéros !

- Bonjour lièvre, fait le rhinocéros en jetant des regards méfiants partout.

- Il est très menacé par les hommes, souffle le lièvre à ses enfants.

- Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il leur a fait ?

- Rien ; seulement, ils s’imaginent pouvoir avoir une érection semblable à sa corne s’ils la prennent. Il vit le même drame que le trompettiste.

- Qui est ce trompettiste ?

- L’éléphant.

- Et celui-là, qui est-ce ? demande un petit en pointant l’oreille vers un animal qui vient d’apparaître.

C’est un métis, issu d’une Blanche et d’un Noir. On l’appelle zèbre.

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CODE DE CONDUITE

Les élections présidentielles viennent de finir quand Koffi va passer son permis de conduire. Pour être dans l’actualité, l’examinateur lui demande :

- Vous arrivez à un carrefour, juste au moment où arrive de la droite le cortège présidentiel. Que faites-vous ?

Koffi toussote et demande une précision :

- C’est le cortège du président entrant ou du président sortant ?

- Et pourquoi donc?

- C’est pour savoir s’il faut huer ou applaudir en klaxonnant

TEST DE VERIFICATION

Affiavi, qui court sur ses dix-huit ans, arrive affolée chez sa copine.

- Je croyais être victime depuis trois mois d’un cycle irrégulier. Il n’en est rien. J’ai fait le test d’urine cet après-midi. Je suis enceinte et je n’aime pas ça du tout. Si mes parents l’apprenaient...

- Ne t’affole pas. Je vais te conduire chez mon grand frère qui est médecin.

Opération réussie. Trois mois passent. Affiavi est de nouveau chez sa copine.

- Je suis de nouveau enceinte, mais cette fois-ci, ne me conduit pas chez ton frère pour l’interruption de la grossesse.

- Il ne t’avait pas donné satisfaction ?

- Si, mais c’est lui qui m’a mis dans cet état, histoire de vérifier, disait-il, que le curetage n’a pas abîmé mes trompes.

RANG PREMONITOIRE

Rentré à la maison à l’improviste, le père du petit Mamadou trouve son enfant en train de jouer.

- Quoi ? Vous n’avez pas une composition à l’école ce lundi ? gronde-t-il.

- Laisse-le. J’ai déjà été dire à son maître qu’il est malade, intervient sa mère.

- Pourquoi ce mensonge ? s’étonne son mari.

- C’est pour nous éviter un déshonneur.

- Quel déshonneur ?

- Tu sais qu’a la première composition il a été premier, à la seconde  deuxième et troisième à la troisième non ?

- Je sais. Et alors ?

- Cette fois-ci, c’est la dernière composition.

EAU CHAUDE

Le petit Ali et son père ont quitté leur village dans la savane pour rendre visite à l’oncle d’Ali, qui s’est installé dans un village au cœur du Ténéré. Le lendemain de leur arrivée, c’est la première pluie.

- Bientôt six mois qu’il n’a pas plu ici. La chaleur va un peu baisser, dit l’oncle.

- Justement, moi je vais prendre une douche, fait Ali qui, déjà à moitié nu, veut se précipiter sous la gouttière.

- Attention ! Ne fais pas ça ! crie l’oncle.

- Pourquoi ? s’étonne son frère. Tous les enfants aiment faire ça. Toi et moi le faisions aussi dans le temps au village.

- Je sais. Mais ici, les premières pluies ne font pas moins de 60°.

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