UN FAIBLE POUR LA FABLE

(LES FABLES, C’EST TOUJOURS FABULEUX !)

LA PEAU D’AUTRUI

Un chasseur prit un jour dans l’un de ses pièges un jeune gorille à peau de caméléon. Il lui épargna la vie et le ramena au village où il se mit à émerveiller tout le monde. Enfants, femmes, hommes, tous accouraient chez le chasseur pour voir ce gorille-caméléon qui pouvait changer non seulement de peau mais aussi de forme. Devant un enfant, il devenait un jouet vivant et se mettait à jouer avec lui. Devant une femme, il devenait un domestique et lavait, pilait, cuisinait, balayait. Devant un homme, il devenait un âne pour lui transporter ses fardeaux, ou tailleur pour lui coudre un costume, ou redoutable joueur pour disputer une partie.

L’émerveillement des visiteurs était suivi d’une générosité sans limite. Ils inondaient le gorille-caméléon du seul cadeau qui l’intéressait : un régime de bananes.

Une nuit, dans l’idée de faire fortune, le chasseur le tua, le dépeça et se revêtit de sa peau. Il entendait demander aux donateurs des biens précieux, de l’or, de l’argent.

Des enfants furent les premiers à venir vers lui. Ils voulurent qu’il se transforme en chien. Il le devint aussitôt. Mais très vite, il regretta sa transformation, face à leurs coups de pied et de bâton pour s’amuser. Ses cris de douleur et de protestation ne soulevaient que leurs rires bruyants. N’en pouvant plus, il se mit à les poursuivre et à les mordre rageusement. Alertés, les parents l’abattirent sans autre forme de procès.

Ainsi finissent ceux qui usurpent la place d’autrui sans en avoir les aptitudes.

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LA BELLE ET LA BONNE

Un homme avait deux jumelles en âge de se marier. La première était d’une beauté éblouissante tandis que la seconde n’attirait guère personne. Tandis que la plus belle paradait dans la cour où elle faisait la fierté de son père que tout le monde venait complimenter, sa sœur passait tout son temps à faire le ménage, à s’occuper du foyer.

Le jour vint où la plus belle décida de se marier. Les noces durèrent sept jours et sept nuits. Mais au bout de trois jours, elle était déjà de retour à la maison paternelle; répudiée. Alors que personne n’avait encore demandé la main de sa sœur qui était une bonne femme, elle, elle en était à une demi-douzaine de mariages qui ne durèrent pas plus qu’un feu de paille.

Finalement, ni la plus belle, ni la plus serviable ne trouvèrent de maris et finirent vieilles filles sous le toit paternel.

Tu veux réussir, sache attirer l’attention. Tu as attiré l’attention, sache la mériter.

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LA CHARRUE ET LES BOEUFS

La charrue, un soir où le labour était fini et où les bœufs, dételés, ruminaient paisiblement à côté d’elle, explosa d’une colère longtemps contenue.

- J’ai vu des générations de bœufs passer devant moi. Je suis toujours là et eux, ils sont tous morts ! Je suis quant à moi toujours vivante. Mieux, vous, vous vous contentez de marcher, alors que le vrai travail, tout le travail, c’est moi qui le fait. À présent, j’en ai assez ! Compte tenu de mon expérience et de vos faiblesses, de vos défaillances, je dois devenir le guide. Demain, c’est moi qui prendrai la tête de l’attelage, et vous, vous me suivrez.

Les bœufs, vaincus par le raisonnement implacable de la charrue, en arrivant au champ le lendemain, se mirent derrière elle. Mais, ils eurent beau s’arc-bouter pour pousser la charrue, elle ne fit que s’enfoncer dans le sol.

Ainsi constitué, l’attelage ne put faire grand chose jusqu’à l’arrivée du laboureur qui rétablit l’ordre naturel.

Il n’y a, dans les rapports maris et femmes, parents et enfants, chefs et sujets, d’émancipation, de rébellion, de révolution qui vaillent contre l’ordre naturel des choses.

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LA PEAU DU CROCODILE

De toute la gent aquatique, le crocodile était celui dont personne n’enviait la peau. Rugueuse, hideuse, sa seule vue répugnait. Il n’avait pas de compagnons de jeu. Tous craignaient qu’il les blesse et leur abîme la peau. Elle avait beau pleurer sur son sort, les autres disaient de lui qu’il versait des larmes de crocodile. Son chagrin devenait plus grand quand il voyait le dauphin. Sa peau veloutée lui attirait de nombreux amis, jusque et y compris des hommes. Sa belle humeur s’expliquait par les caresses qui lui étaient prodiguées par tous ceux qui avaient du plaisir à toucher sa peau. Il devenait inconsolable en voyant le serpent changer de peau à chaque saison.

Le crocodile mourut un jour et son cadavre fut rejeté sur la berge. Un tanneur qui passait par-là apprécia beaucoup la solidité de cette peau. Il la traita et la vendit à un maroquinier qui la mit tant et si bien en valeur que la maroquinerie de peau de croco devient fort prisée.

Tu es ignoré de ton vivant ? Ne désespère pas ! La gloire à titre posthume, ça existe.

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